L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

DE TROEYER un atelier rémois de maîtres-verriers

L'histoire d'une entreprise familiale

 

L'atelier de Troeyer a beaucoup produit pour les églises du diocèse de Reims.

Son histoire commence avec Léopold (Alphonse) De Troeyer, né à Bruxelles en 1861.

Après des études aux Beaux-Arts, il apprend le métier de peintre-verrier à Paris.

Vers 1882 il part pour le Chili afin d'y créer une entreprise spécialisée dans la réalisation de verrières pour couvrir les passages de centres commerciaux.

Membre actif de la société belge de bienfaisance au Chili, il y rencontre Louise-Augustine Dumont (née en 1872), jeune femme, elle aussi de nationalité belge, qui a reçu une solide formation artistique.

De leur union vont naître quatre filles à Santiago :

  • Louise née le 25 février 1897
  • Paula née le 18 août 1899
  • Berthe née le 2 novembre 1901
  • Marie née le 16 septembre 1904.

Toutes quatre s'exerceront au métier de maître-verrier appris auprès de leur père et mère.

Au Chili dans leur atelier, ils diversifient leur production et créent des vitraux pour des églises.

 

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Louise Augustine et Léopold De Troeyer

 

(cliché transmis par Denis Clémentz)

 

Après la Première Guerre mondiale la famille De Troeyer rejoint la France (en 1923) et s'installe à Reims au 58 de la rue Belin tout près de l'église Saint-Benoit où l'abbé Jean Dupuit est curé.

Les églises de la région ont subi de plein fouet les désastres occasionnés par le conflit, toute le famille est mobilisée pour satisfaire les nombreuses demandes de restauration des vitraux brisés.

 

Le 28 août 1930, Léopold De Troeyer décède à l'âge de 69 ans.

L'épouse et les quatre filles poursuivent l'activité de l'atelier.

 

 

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Publicité relevée dans un numéro du bulletin du diocèse de Reims en 1933

 

Avant la Seconde Guerre de 39/45 la famille déménage au 4 rue d'Anjou dans une maison louée à l'archevêché.

Une terrasse donne sur le jardin, elle est couverte par une véranda qui sert d'atelier. Le sous-sol permet le stockage des verres et des plombs et abrite un four construit par les artistes.

 

Le 27 janvier 1955, la mère décède et trois sœurs poursuivent l'entreprise car entre temps Louise, l'aînée s'est mariée. La signature des vitraux affiche désormais " Melles de Troeyer". Le "De", avec majuscule, selon son origine belge devient "de" après la naturalisation française obtenue dans les années 1960.

 

Photo De Troeyer

(Cliché transmis par Denis Clémentz)

 

Denis Clémentz (1) qui a bien voulu me transmettre l'historique de la famille et que je remercie chaleureusement précise :

«Paula, discrète, occupe la place de chef de famille. C'est elle qui organise, découpe le verre, mastique les vitraux, s'occupe du four et des gros travaux. C'est elle aussi qui conduit le plus souvent la quatre-chevaux familiale pour les déplacements. Berthe, qui boite, séquelle d'une tuberculose osseuse, est restée plâtrée pendant un an en 1934. Elle est "l'artiste" de la famille. Elle rassemble la documentation, crée les maquettes de vitraux, les émaux sur la vaisselle et peint à la gouache sur toile. Son père Léopold l'a initiée au dessin et à la peinture, mais elle a fait une formation artistique complète...

... La troisième sœur, Marie, monte les vitraux, découpe le plomb, soude. Elle a aussi suivi des cours de "dessin d'art" à l'École régionale des arts industriels de Reims de 1931 à 1938...

... En fait, les sœurs de Troeyer sont polyvalentes. Elles sont toutes capables de dessiner, de peindre, de monter, souder les vitraux de construire un four pour la cuisson des verres ou des émaux. Leur organisation se fait naturellement à l'amiable.»

 

 

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Extrait de "Images de verre, images de guerre" Archives Départementales des Ardennes 

Exposition à la vitrine de Conseil général de Charleville-Mézières du 6 novembre au 5 décembre 2004

 

Après le décès de son mari, Louise trouve une place de gouvernante chez l'abbé Gilet, desservant de la paroisse Sainte-Jeanne-d'Arc à Reims. Elle le suit lorsqu'il est nommé curé au Fond de Givonne près de Sedan.

En 1961, Paula meurt d'une crise cardiaque.

Berthe et Marie poursuivent, seules à Reims, leur métier devenu de moins en moins lucratif ; elles doivent faire face aux charges qui demeurent importantes.

Pour cette raison, en 1970, les deux sœurs rejoignent leur aînée à Sedan. L'abbé Gilet met une salle de la paroisse à leur disposition afin qu'elles poursuivent leur activité. Elles logent alors dans le quartier ZUP près du Lac (tour Rubis, aujourd'hui détruite).

Louise décède en 1975 et Berthe, 5 ans plus tard. Marie retourne habiter à Reims et s'installe dans le quartier d'Orgeval. Elle s'éteint le 6 août 1992 à l'âge de 87 ans. Toute la famille repose dans la sépulture du cimetière du faubourg de Laon.

 

Berthe et Marie avaient postulé pour exécuter les vitraux de la basilique Notre-Dame de l'Espérance de Mézières, mais la réalisation sera finalement confiée à l'artiste Dürbach, ami de Picasso.

 

Un rayonnement dans les Ardennes ... et ailleurs

 

Tentative d'inventaire .... non exhaustif

 

Depuis plusieurs années Michelle Ciolek membre de la Commission d'Art Sacré dont elle est une des délégués pour le Vouzinois, recense les mobiliers liturgiques dans les églises ardennaises. Sa passion pour le sujet l'a conduit à dresser un catalogue des maîtres-verriers ayant œuvré à la création ou à la réfection des vitraux.

L'atelier de Troeyer y occupe une place de choix compte tenu de sa production prolifique dans ce département.

J'emprunte une partie de l'inventaire réalisé par Mme Ciolek que je remercie vivement pour son autorisation à publication. Il est complété par des informations extraites du site Champagne-Ardenne - Portail du patrimoine culturel.

 

Lieux Nature des sujets traités  Années 
Alincourt Christ Glorieux ; Vierge à l'Enfant ; Pieta ; Lion (st Marc) ; Taureau (st Luc) ; Ange (st Matthieu) ;  Aigle (st Jean) ;  Esprit-Saint  1957
Amagne Education de la Vierge ;Jésus bénit un poilu agonisant  1939
Apremont App. Sacré-Cœur à ste Marguerite-Marie Alacoque ; Médaille Miraculeuse Catherine Labouré ; Charité de St Martin 1946
Artaise-le-Vivier 5 verrières abstraites 1955
Auge St Expédit non daté
Aussonce Sainte Famille ; Adoration des bergers (=Nativité) 1930
Avaux

Apparition de l'Immaculée Conception à Ste Bernadette ; Apparition du Sacré-Cœur à M. M. Alacoque ; Don de Samuel au Temple par sa mère Anne (hommage aux mères des prêtres) ; Allégorie du Sacerdoce

1952 - 1951 - 1960 - 1964
Baâlons

Immaculée Conception ; Ste Thérèse de Lisieux ; St Remi

1950 - 1950 - 1954
Bertoncourt Ste Jeanne d'Arc ; Ste Thérèse de Lisieux ; St Paul ; St Antoine de Padoue ; Ste M.M. Alacoque ; Apparition de l'Immaculée Conception à Ste Bernadette ; St Curé d'Ars ; Jésus appelle Simon et André  1927 -? -1926 - 1928 -  1930 - 1930 - 1934 - 1934
Bourg-Fidèle Pentecôte et la colombe ; Apparition de la Vierge à Ste Thérèse de Lisieux ; Apparition de Ste Philomène à St Jean-Baptiste Marie Vianney Curé d'Ars 1937
Boulzicourt Vierge à l'Enfant ; Archange St-Michel 1948
Blanzy-la-Salonnaise Marie-Madeleine au pied de la croix ; Baptême du Christ 1959 - 1933
Chagny Sacré Cœur 1949
Challerange Ste Marthe ; Ste Madeleine (Unum est necessarium) ; La Samaritaine au puits (Si scires dominum dei) ; App. du Sacré-Cœur à M. M. Alacoque (In obsequium putatis nostris) ; App. à St Thomas ; App. de la Vierge à Bernadette S. (In piam memoriam) 1932
Château-Porcien Vierge à l'Enfant (Ave Maria - Gratia Plena - Notre-Dame de Château-Porcien) 1957
Condé-les-Vouziers Crucifixion ; App. du Sacré-Cœur à M.M. Alacoque ; App. de l'Immaculée Conception à Ste Bernadette ; Assomption ; Nativité ; Baptême de Clovis ; Jésus au Temple avec les Docteurs 1929 - 1930 - 1930 - 1931 - 1933 - ? -1932
Cornay Crucifixion : exaltation de la Sainte Croix ; Vierge à l'Enfant : Notre-Dame de la Paix 1938

 

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Montcheutin église Saint-Remi- La Nativité - Vitrail signé L.DE TROEYER 1927. Une des premières productions de l'atelier en Ardennes (photo : Michelle Ciolek)

 

Day  8 verrières abstraites dessinées par Fieuillien Bonaventure 1960
Deville Multiplication des pains ; La Cène 1947
Doux Grisaille avec Charité St Martin ; Joseph et Jésus 1932
Ecordal Jésus au milieu des Docteurs ; Nativité ; Annonciation ; Mission des apôtres ; Résurrection (=vitrail patriotique non signé) ; Pentecôte 1931 - 1934 - 1933- ? - ? - ?
Exermont Remise des clés à St Pierre (Après le tourmente) ; Vierge debout Jésus bénissant les enfants (paroisse reconnaissante de la protection assurée de 1939 à 1944) ; La tempête apaisée 1940 - 1947 - 1947
Fagnon vitrail au motif abstrait 196?
Fépin Vierge de l'Apocalypse 1966
Frénois St Luc ; Vierge de l'Immaculée Conception 1954
Fond-de-Givonne 13 verrières abstraites ; Nativité non daté
Gomont Crucifixion (IL EST MORT SUR LA CROIX) ; Nativité (IL EST NÉ) ; Résurrection (IL EST RÉSSUCITÉ) 1956
Guincourt La Cène ; Crucifixion (ANNÉE JUBILAIRE 1933) 1933
Hannogne-Saint-Martin App. de la Vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes ; St Louis rendant la justice à Vincennes ; Jeanne d'Arc bergère entend des voix ; Assomption de la Vierge 1935 - ?- 1937 - 1937
Hauteville Songe de St Martin (S. MARTINUS) 1935
Hauviné Nativité (DON DE L'ABBÉ NOËL ET SES PAROISSIENS) ; Jésus bénissant les enfants (DON DE MONSIEUR L'ABBÉ A. SIMONNET) 1949
Houldizy Immaculée Conception ; St Luc ; St Joseph ; Mariage de la Vierge ; La Cène ; St Pierre ; St Paul ; St Jean ; St Marc ; St Mathieu ; St Eloi ; Soleil rayonnant 1957
Houldicourt App. de la Vierge Immaculée à Ste Bernadette de Lourdes ; Nativité ; Christ-Roi ; St Pierre; 1962 -1962- 1934 -1934
La Francheville 3 verrières à motif abstrait (losanges) 1964
La Neuville-aux-Tourneurs St Georges terrasse le dragon 1948
La Neuville-en-T-à-F Jésus bénissant les enfants ; St Paul (25 JANVIER) ; St Remacle (GER-MIGNY 650) ; Ste Bernadette (17 JANVIER 1844 - 16 AVRIL 1879) ; St Curé d'Ars (8 MAI 1786 - 4 AOUT 1859) ; St Philippe (JE TE BAPTISE AU NOM DU PERE) 1955
Le Chatelet-sur-Retourne Vierge à l'Enfant ; St Jean

1962 - 1964

Linchamps Crucifixion ; La Cène ; Mise au Tombeau ; Baptême du Christ ; Résurrection ; Nativité ; Assomption ; Visitation 1939
Logny-Bogny St Remacle 1964
Lumes 8 verrières abstraites  1963

Montcy- St-Pierre

(Chle-Mézières)

 Litanies de la Vierge : Regina Virginum (fleur) ; Tu es Petrus (pains et poissons) ; Stella matutina (étoile) ; Super hanc petam (colombe tiare) ; Janua cœli (porte) ; Ædificabo (clés) ; Rosa mystica (rose) ; Ecclesiam meam (chaînes ouvertes) 1958

Manchester église St Jean de Bosco

(Chle-Mézières)

buste du Christ avec frise blé et raisins CARITAS PACERE ET DOCERE (aimer la paix et l'enseigner) ; buste de la Vierge avec même frise DA MIHI ANIMAS CAETERATOLLE (donne moi des âmes, prends le reste) non daté

St-Remi église

N-Dame

(Chle-Mézières)

Reconnaissance à N-D de Neuvizy 1752 ; Reconnaissance à N-D de Charleville avec Clovis à la bataille de Tolbiac : Dieu que Clotilde adore ; Reconnaissance à N-D d'Espérence ; Baptême de Clovis par St Remi ; Charles de Gonzague 1637 :Solus dedit Solus protegit ; Procession de la châsse de St Remi de Reims ; Baptême du Christ ; Bienheureux Vincent Abraham Martyr des Carmes : Suscipe me ; Chanoine M. Mazin archiprêtre à N-Dame 1953 ; Le cerf apparait à St Hubert 1953 -1954 - 1953  -1954 - 1953 - 1954 - ? - 1954 - 1953 - 1954

Montcheutin

Assomption ; Nativité ; App. du Sacré-Cœur à M.M. Alacoque ; Mort de Joseph 1927 - 1927 - 1939 - 1937

Mont-Laurent

App. de la Vierge à Ste Thérèse de Lisieux ; Entrée de Ste Thérèse au Carmel ; Souvenir du 27/09/1934 ; Assomption ; Nativité ; Présentation de Marie au Temple 1935 - ? - ? - ? - 1935 - 1935

Novion-Porcien

Sainte Famille au travail (Et erat subditus illis) en haut, Institution de l'Eucharistie (Accipite et manducate) en bas ; Annonciation (Ave Maria) en haut, Nativité (Verbum cara factum est) en bas 1931

Perthes

Crucifixion (CONSUMMATUM EST) ; Vierge et 2 stes femmes au pied de la croix ; Marie-Madeleine et St Jean au pied de la croix ; Bon Pasteur ; Jardin des Oliviers (AGO NIE) ; Eucharistie (EUCHA RISTIE) ; Résurrection (RESUR RECTION) ; Ascension (ASCEN SION) ; Nativité (NATI VITE) ; Pentecôte (PENTE COTE) ; Immaculée Conception (vitrail en croix) ; Buste de la Vierge à l'Enfant (EN SOUVENIR DE MA MERE P. M. CAGNIAR CURE 1962) 1950 - 1950 - 1950 - 1962 - 1951 - 1952 - 1951 - 1952 - 1950 - 1950 - 1954 - 1962

Raucourt

2 verrières au motif abstrait ; Piéta 1954

Revin

Ste Elisabeth et le miracle des roses ; St Dominique recevant le Rosaire ; Nativité ; Jésus et Simon au bord du lac de Génésareth ; App. du Sacré Cœur à M.M. Alacoque ; La Samaritaine au puits ; Les frères René et Dieudonné Labye ; Le Père dominicain Billuard 1936 - 1936 - ? - 1936 - ? -1936 -? - ?

Remilly-Aillicourt

Vierge et Sacré Cœur ; Ste Thérèse de Lisieux et St Joseph ; St Remi et Jeanne d'Arc ; Annonciation ; Eucharistie ; St Christophe ; Travaux de la Sainte Famille ; St Fiacre ; St Michel ; St Curé d'Ars ; N-D de Lourdes ; Colombe du Saint-Esprit+coquille + lys ; arche +croix templière + étoile (oculus) 1932 - 1934 ?

St Menges

Consécration du Sacré Cœur ; médaillon avec hostie ; médaillon avec calice 1945

Sécheval

2 verrières abstraites avec inscription STE TRINITE PENTECOTE 1961

St Loup-en- Champagne

en médaillons hexagaonaux : St Jean Eudes et Ste M.M.Alacoque ; Ste Odile et Ste Bernadette ; St Vincent de Paul et St J-B Marie Vianney ; St Isidore et St Fiacre ; St Jean Baptiste ; Ste Thérèse de l'Enfant Jésus 1960

Tagnon

4 scènes de la vie de la Vierge ; Vision de St Hubert ; I H S (allégorie) 1956

Thilay

Ste Thérèse (SANCTA TERESIA - A. A. JUBILE SACERDOTAL 1945) ; Ste Jeanne d'Arc (SANCTA JOANNA) avec St Michel (cartouche inférieur) 1945 - 1946

Vieux-les'Asfeld

Baptême du Christ ; Cœur de l'église de Vieux en ruines (VIEUX-LES-ASFELD - 1918) ; La Cène ; 2 verrières allégoriques (CECI EST MON CORPS QVI EST DONNE POVR VOUS - PRENEZ ET BVVEZ EN TOVS CECI EST MON SANG) //

St Eloi ; Ste Anne ; St Michel ; St Remi ; Ste Jeanne d'Arc ; St Hubert

? - ? - 1956 // 1962 - 1959 - 1962 - 1959 - 1962 -? 

Villemontry

Un motif géométrique 1976

Villers-devant-Mouzon

Bon Pasteur (ECCE AGNUS DEI) ; St Christophe passe le gué avec l'Enfant Jésus ; St Georges terrasse le dragon ? - ? - ?

Wadelincourt

Nativité ; Annonciation ; Présentation de la Vierge au Temple ; N- D de Lourdes ; Ste Famille ; Ste Jeanne d'Arc ; App. du Sacré Cœur à M. M. Alacoque

1928 - 1928 - 1928 - 1929 - 1929 - 1933 - 1933

 

 

 

Ce sont quelques 267 vitraux répertoriés dans 60 édifices (avec certainement des omissions) qui témoignent de l'activité de l'entreprise familiale dans les Ardennes.

Le département de la Marne n'est pas en reste, il compte plus de quarante églises équipées de vitraux tout droit sortis de l'atelier rémois.

Leur renommée s'étend aux départements voisins de l'Aube (Bayel) et  de l'Aisne (Autreppes).

A Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) les dames De Troeyer réalisent deux vitraux au thème inhabituel pour notre région. L'activité navale y est évoquée par la représentation d'un paquebot sur cales.

 

La signature de Léopold  (parfois prénommé Louis par erreur, à l'exemple de la notice établie par le Portail du Patrimoine culturel à la rubrique église de Montcheutin), n'apparait jamais seule dans l' inventaire.

Mr De Troeyer associe systématiquement ses filles à ses travaux.

Dans l'église Notre-Dame de Montcheutin on lit en 1927  "L De Troeyer et Mlles" de même qu'en l'église Saint-Nicolas de Bertoncourt puis à Saint-Remi de Condé-les-Vouziers (1929) ou encore en l'église Notre-Dame de Wadelincourt : "L. DE TROEYER & MELLES 1928"

 

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Signature au vitrail de la Nativité dans l'église de Wadelincourt

 

Après le décès de Léopold en 1930, Madame De Troeyer laisse quelques temps l'initiale du prénom de son mari dans sa signature comme on peut le remarquer à Wadelincourt ou dans l'église Saint-Remi d'Ecordal

 

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Wadelincourt

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Wadelincourt

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Ecordal

 

Puis en 1955, les demoiselles devenues orphelines signeront simplement "Melles de Troeyer" comme sur le grand vitrail consacré aux scènes de la vie de la Vierge dans l'église Saint-Pierre de Tagnon.

Le vitrail porte la date de 1956 (en partie masquée lorsqu'elle est vue depuis le sol).

 

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Le descriptif de l'église Saint-Nicolas de Cornay publié sur le Portail du patrimoine culturel indique par erreur la date de 1958 pour le vitrail consacré à l'Exaltation de la Sainte Croix. Le texte précise qu'il est signé :"Mme et Melles de Troeyer".comme le montre la photo du Portail. Or Mme étant décédée en 1955 il  conviendrait donc de lire plutôt la date de 1938.

 

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Un savoir faire d'artiste

Le choix du thème est bien évidemment assujetti aux exigences du commanditaire. Celui-ci est le plus souvent le clergé (curé de la paroisse), la paroisse, une famille, un particulier (fréquemment le généreux donateur), la coopérative de reconstruction (après la Grande Guerre)...

L'évènement historique de nature civile (vitrail patriotique, victoire guerrière), ou religieux (apparitions...) s'inscrit au carnet de commande. Mais comme le montre le tableau d'inventaire, le thème de la Nativité ressort majoritairement (8,60% des cas) dans les travaux de l'atelier de Troeyer.

Sans surprise, lors de la restauration ou de la création de vitraux dans un édifice chrétien, les scènes du Nouveau Testament dominent avec des sujets récurrents que sont la Nativité, la Passion, la Crucifixion, la Résurrection, pour le Christ, ou l'Annonciation, l'Assomption, pour la Vierge.

Les références à l'Ancien Testament paraissent moins nombreuses.

La représentation de personnages en pied (évangélistes, apôtres, saints, bienheureux etc ... ) se prête à merveille au format tout en longueur des lancettes. Le personnage occupe alors le centre (il est parfois représenté seulement en buste dans un cercle) de la verrerie sur toute sa largeur, le bas et le haut se remplissent de grisailles et une guirlande encadre généralement le tout.

Comme d'autres maîtres-verriers, Léopold et ses filles restent fidèles à cette tradition au lendemain de la Première Guerre. Le concept résulte d'un héritage venu du Moyen-Âge.

Le recours au vitrail abstrait interviendra plus tard.

Il est vrai que les grisailles sont moins onéreuses à fabriquer. Pour les couleurs,les grisailles privilégient le noir et le blanc, pour le décor, les motifs géométriques et végétaux.

 

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Les tableaux des grands noms de la peinture inspirent les maîtres-verriers.

Ainsi la baie consacrée à l'Assomption dans l'église Saint-Remi de Condé-les-Vouziers est vraisemblablement une reprise adaptée du célèbre tableau de Rubens gardé au musée de Bruxelles. Voir

CONDE-LES-VOUZIERS : un vitrail inspiré par Rubens ?

Le thème choisi répond surtout à la forte demande du moment.

Au lendemain de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, en 1854, l'incitation à multiplier les images sur le sujet se fait pressante.

A Houldizy, la Vierge auréolée porte la couronne de reine du Ciel. Ses mains ouvertes écartent le manteau bleu, ses pieds reposent sur le croissant et foulent le serpent vaincu : c'est l'image qu'inspire la vision de l'Apocalypse.

 

Houldizy Immaculée Conception

 

L'Immaculée Conception - église Saint-Luc d'Houldizy

 

En 1858, l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous sous la grotte Massabielle près de Lourdes relance la ferveur avec une représentation historiée aux vitraux des églises sous l'appellation Notre-Dame de Lourdes.

 

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Apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous

Église Saint-Martin à Hannogne

 

La dévotion au Sacré-Cœur (l'Église place la France sous la protection du Sacré-Cœur en 1920), l'exaltation du culte de Jeanne d'Arc par Mgr Dupanloup tout comme le culte porté à Sainte-Thérèse de Lisieux seront sources créatives chez les maîtres-verriers.

 

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La structure du vitrail comporte des barlotières, armatures métalliques scellées dans la maçonnerie pour assurer le maintien et la sécurité de la vitrerie. Ce barraudage masque parfois le décor. Mais par ailleurs, les barlotières peuvent être habilement utilisées lorsqu'elles cloisonnent des scènes qui se succèdent dans le temps ou dans l'espace. Cette disposition tombe à propos lorsqu'il s'agit de représenter, par exemple  différents épisodes de la vie d'un personnage.

Deux verrières de l'église Saint-Martin d'Amagne racontent la vie de la Vierge. Le décor historié reste centré entre les barlotières. Dans la baie de gauche une erreur de montage rompt la lecture chronologique des épisodes ; la Présentation au Temple aurait du précéder l'Annonciation !

 

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Lorsqu'une baie comporte plusieurs récits bibliques, leur lecture s'effectue traditionnellement de bas en haut, calquant ainsi le déroulement narratif sur celui de la vie du chrétien, qui le conduit de la terre vers le ciel.

Mais la règle souffre des exceptions comme dans les représentations de l'Assomption.

Le regard du visiteur se dirige vers Marie portée par les nuées. Elle occupe une position privilégiée dans le haut du tableau pour que son aura  inonde, vers le bas, le monde terrestre resté à ses pieds. 

 

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Les lignes du dessin portent aussi un message symbolique.

Les courbes se rattachent au divin. Le cercle surtout, par sa perfection, est à l'image de Dieu. N'ayant ni début ni fin, il est aussi symbole d'éternité.

Les lignes droites horizontales renvoient au monde terrestre.

L'atelier de Troeyer n'est pas resté insensible au renouveau de l'Art Sacré qui gagne du terrain dans les années 1950.

Le message apostolique s'efface au profit de formes géométriques abstraites ou plutôt il s'estompe car il n'est jamais bien loin, même si le langage n'aspire à rien d'autre qu'à la beauté, au recueillement et à la méditation voire à la prière pour le croyant.

Cette atmosphère est ressentie dans l'église Saint-Nicaise de Fagnon. Ici les baies offrent au regard un assemblage de figures géométriques anguleuses teintées de différentes nuances de bleu que viennent zébrer, à grands traits, des bandes rectilignes aux dominantes jaune orangé du plus bel effet.

A Day, les de Troeyer mettent en valeur les cartons dessinés par un autre artiste, l'abbé Bonaventure Fieullien de Regniowez.

Pour leurs premiers essais vers l'abstraction, les sœurs préfèrent assortir les figures géomètriques d'une inscription qui identifie sans équivoque le sujet : Sainte Trinité et Pentecôte aux deux vitraux de l'église Saint-Lambert de Sécheval

Dans l'église Saint-Thomas de La Francheville, la géométrie des dessins devient sinueuse à l'image d'une flamme en mouvement qui s'élève, vacille, se ravive : ces flammèches ne seraient-elles pas l'Esprit-Saint qui descend sur les apôtres le jour de la Pentecôte ?

A Lumes les figures sont horizontales, elles semblent s'écouler comme ondoient les eaux d'une source : celles du Jourdain où s'est célébré le baptême du Christ ?

Pour clore cette brève incursion dans le domaine de l'allégorie, l'oculus du Fond de Givonne, pour sa beauté, s'impose comme ultime exemple.

En son centre le croissant de lune, symbole marial par excellence, constitue le point de mire. Dans un mouvement de spirale tournoyant, une nuée bleue disperse une pluie de projections à l'image des rayons que darde la nuée ardente de la Vierge d'Assomption.

Mais c'est un autre critère qui va, désormais, différencier l'atelier des sœurs de Troeyer.

La composition de leurs vitraux affiche une spécificité identifiable à coup sûr.

Il s'agit d'une technique qu'elles adoptent pour cloisonner les pièces de verre découpées en formes sineuses dans un chemin de plomb épais, comme le serait un dessin surligné d'un trait de crayon gras : ce qui constitue leur signature et leur confère un style bien particulier.

 

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 un exemple avec les vitraux de l'église Saint-Hilaire d'Alincourt

 

 

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autres exemples à  La Neuville-en-Tourne-à-Fuy et à Vieux-les-Asfeld

 

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A regret, il faut refermer ce court chapitre, mais le sujet est loin d'être clos.

Les travaux réalisés pour des particuliers soucieux d'embellir leur demeure ou ceux exécutés autour des monuments funéraires mériteraient étude.

La famille de Troeyer repose au cimetière avenue de Laon à Reims (canton 2, bordure nord, sépulture 5 ouest). Le premier à rejoindre la chapelle funéraire fut Léopold. En 1945 son épouse et ses filles y installèrent trois vitraux de leur composition sur le thème du Cœur meurtri de Marie exprimant ainsi leur douleur qu'elles ont voulu nous faire partager, mais en même temps cette évocation porte un message d'espérance. Une plaque gravée à la mémoire de l'artiste a été déposée au pied de l'autel... pour qu'on n'oublie pas !

 

(1) Les familles Clémentz-Friedman et de Troeyer se lièrent d'une indéfectible amitié dès l'arrivée de cette dernière à Reims.

lien d'accès au Portail du Patrimoine culturel de Champagne-Ardenne :

https://inventaire-chalons.grandest.fr/gertrude-diffusion/recherche/globale?texte=de+troeyer&type=

Pour retrouver les vues des vitraux : sélectionner la commune dans "Recherche", puis le nom de l'église.

Le site accessible au public offre des clichés de qualité, une aubaine pour l'amateur d'art sacré en ces moments de privation de visites.

 

De Troeyer 2

 

 

De Troyer

 

la sépulture familiale

 

©jean-luc collignon



15/04/2021
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