L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

LIRY église Saint-Sulpice

Saint-Sulpice de Liry

 

L'ancienne église était en partie du XIVe siècle. Les voûtes souffrirent d'un tremblement de terre survenu le 18 septembre 1692, comme le rapporte un procès-verbal de visite dressé par le doyen de Bétheniville l'année même (1). L'église avait été restaurée et reconstruite au XIXe siècle, notamment la partie du chœur qui avait été réalisée en néo-gothique par l'architecte J.B. Couty. L'édifice qui était situé sur l'emplacement du cimetière actuel, a été détruit et démoli lors de la guerre 1914/18.

 

La nouvelle église, à nef unique, a été construite dans les années 1930 (en 1931 pour le Dr Octave Guelliot). L'architecte fut Mr Poulaud.

 

C'est une église réalisée dans le style néo-roman, cher aux architectes du XIXe siècle, comme J. A. Emile Vaudremer qui le développa en France.

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Extérieur

 

Le clocher est un clocher-porche caractéristique du style des années 1930, dont les lignes s'attachent à souligner le “verticalisme”. Le clocher se positionne à l'aplomb du portail occidental. Sa flèche pyramidale, de section octogonale (à pans inégaux : 2 fois 4), repose sur une tour à base quadrangulaire. Chaque face s'ouvre par une baie géminée en plein cintre.

La colonne médiane supporte la retombée des arcs, elle est munie d'un chapiteau à décor floral. Son motif représente une couronne de feuilles stylisées trilobées et recourbées ; elles épousent, dans un mouvement enveloppant, la corbeille du chapiteau.

 

L'arcade des baies est surmontée d'une moulure saillante décorée d'un seul rang de billettes (=tronçons de tore en fractions égales séparés les uns des autres par un vide).

 

Le même décor s'observe au-dessus de l'archivolte du portail. Chacune des quatre faces se termine par un fronton triangulaire délimité par une frise qui se poursuit à la base pour circonscrire toute la tour. La frise est moulurée par un fin listel.

 

Les angles de la tour sont rabattus dans leur partie supérieure afin de venir épouser la base octogonale de l'armature de la flèche. La face sommitale s'ouvre par une petite meurtrière rectangulaire. Le passage de l'angle vif à l'angle rabattu est délimité aux quatre coins par une corniche horizontale ; elle s'interrompt à la base des baies ; celles-ci sont toutes munies d'abat-son.

 

Le coq du clocher posé en 1993 lors d'une réfection est l'œuvre de l'ornementiste métallique Raymond Kneip de Massiges (Marne). Gérard Goffard, son compagnon, l'a posé le 10 juillet 1993.

 

La cloche a été baptisée le 6 juin 1924 par l'abbé Sauvegrin de Monthois ; elle est dénommée Aglaëe-Emilie; elle a été coulée dans l'atelier des maîtres fondeurs Charton et Collin de Nancy.

Le parrain est Emile Arthur Camus, maire; la marraine est Aglaëe Marie Gaillard, épouse d'Eugène Guillaume, adjoint.

 

La façade occidentale comporte un portail central surmonté d'un triplet, lui-même cantonné de deux minces ouvertures en plein cintre.

L'accès au portail s'effectue en gravissant un emmarchement car l'église a été bâtie sur un tertre ; la porte rectangulaire s'insère dans une structure de type roman avec archivolte en plein cintre. Les voussures à angles vifs sont disposées en ébrasement, renforçant l'ébauche du porche construit en avant de la façade.

 

Le tympan était nu à son origine; il a reçu un panneau sculpté représentant la Cène (l'œuvre aurait été offerte par une paroissienne dans les années 1950)

 

Tout le portail est dominé par un fronton triangulaire dont la pointe s'orne d'un cartouche; le décor en relief -une croix rayonnante- est d'un dessin moderne fort élégant. Un large rampant habille le fronton, il se répète à l'identique sur le haut de la façade ainsi que sur les contreforts.

Le triplet, qui rappelle celui qu'on trouve régulièrement aux chevets plats des églises cisterciennes, évoque la Sainte Trinité.

 

Les moellons utilisés pour la construction de l'édifice reposent sur un soubassement de pierres qui auraient été récupérées lors de la démolition de l'ancienne église.

 

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Au nord, la petite porte latérale est surmontée d'un linteau récupéré, lui aussi, sur l'ancienne église. Il est gravé d'une inscription latine répartie symétriquement sur quatre lignes, divisées chacune en deux phrases distinctes : la première en français, la deuxième en latin, et qu'alors on peut traduire (2):

VING : DIEV.AVDI.VIDE.TACE  Taisez-vous, voyez, faites silence

VNE : LOY.VT.SIS.IN.PACE  Pour que vous soyez en paix

VNE : FOY.NOLITE.IVDICARE Veuillez ne point juger témérairement

VNG : ROY.MVNDI.ESTOTE Soyez sans souillure

 

Elle date du temps de la Ligue (vers 1585)

Un oculus éclaire la face nord, juste au-dessus de la porte latérale.

 

 

INTERIEUR

 

L'intérieur est sobrement décoré dans un espace bien lumineux.

L'autel est en pierre, il date de 1961. Il est l'œuvre d'Albert Godbillot d'après le dessin du curé de la paroisse, le Père Laprade.

 

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A remarquer cette belle frise composée d'un zigzag en relief où alternent feuilles de vigne et grappes de raisin (évocateurs de symboles eucharistiques mais, aussi parfois, le pampre de vigne désigne l'Église triomphante).

Dans le chœur deux consoles (d'anciens chapiteaux ?) dépourvues de leur statue sont décorées de feuilles de chêne et de glands ; ces éléments proviendraient, eux aussi, de l'ancienne église.

Le programme de la statuaire est limité

 

Saint Sulpice : saint patron du lieu, il est en costume d'évêque, coiffé de la mitre; il tient la crosse de la main droite, il porte une longue barbe, signe de grande sagesse.

Sulpice le Bon ou le Pieux (576 - 647) est encore dénommé le Débonnaire. Il fut évêque de Bourges.

Le roi Clotaire II lui avait confié la charge de l'aumônerie dans son palais.

Le bras gauche de la statue est cassé, il est probable qu'il tenait le livre des Évangiles car l'évêque avait la réputation de faire preuve de grande éloquence lorsqu'il commentait la sainte Bible. Notons que les évêques sont parfois représentés bénissant, mais c'est toujours la main droite qui effectue le signe de la bénédiction.

 

Vierge à l'Enfantla Vierge couronnée se tient debout. Elle maintient l'Enfant contre son épaule gauche. A remarquer que Jésus n'est pas appuyé sur son bras. Il tient le globe du monde et ses pieds dépassent de sa tunique. Il regarde l'assistance. Le visage souriant de la Vierge rayonne de douceur et son regard, détaché de son enfant, cherche celui des fidèles. Cette statue d'époque récente est d'une grande élégance.

 

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Les vitraux modernes sont l'œuvre d'Edgard Mauret (1887 - 1966), maître verrier à Heitz-le-Maurupt (Marne). Ils ont été posés en 1931 et offerts par plusieurs personnes du village (3).

 

Du côté nord en remontant la nef, ils représentent :

 

Saint Éloi en tenue d'évêque (il dirigea l'évêché de Noyon-Tournai), il tient le marteau, son attribut habituel qui rappelle qu'il fut aussi l'orfèvre attitré de Clotaire, mais aussi l'ami du roi Dagobert.

Éloi est le patron de tous les métiers qui font usage du marteau : orfèvres, serruriers, forgerons etc...

 

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Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, la petite Thérèse, fut canonisée en 1925. Elle est née à Alençon en 1873 et meurt à l'âge de 24 ans, promettant “de faire tomber sur la terre une pluie de roses”. Elle est la sainte patronne des missions et patronne secondaire de la France après Jeanne d'Arc. En 1997 le pape Jean-Paul II l'a déclarée 33e Docteur de l'Église.

 

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Jeanne d'Arc entend des voix lors de son séjour à Neufchâteau, d'abord de l'Archange saint Michel (habillé d'une armure pour inciter Jeanne à la revêtir), puis de sainte Catherine et de sainte Marguerite qui confirment à leur tour l'invitation à prendre les armes pour délivrer la France. Jeanne finira sur le bûcher de Rouen en 1431 selon la narration la plus usitée des historiens.

 

Au triplet :à gauche Marie, au centre le mystère de la Pentecôte, à droite saint Sulpice.

 

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En descendant la nef par le sud :

 

-les apparitions du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque, religieuse visitandine au couvent de Paray-le-Monial (visions de 1673 à 1675).

 

-saint Paul, paré de ses attributs : l'épée et les Épîtres.

 

-saint Henri, encore appelé Henri II le saint ou le Boiteux, duc de Bavière, il fut couronné empereur d'Allemagne à Rome en 1014. Il est le créateur de l'évêché de Bamberg

 

(1) Inventaire-Sommaire des Archives de la Marne, fonds de l’Archevêché de Reims, 1900 p.306)  Relaté dans Travaux de l’Académie Nationale de Reims année 1900 volume 110 T2 page 104 sur site bnf gallica

 

(2) traduction : Albert Meyrac dans Géographie illustrée des Ardennes 2ème édition librairie Guénégaud 1965 p.718

 

(3) On pourra retrouver une étude pertinente de l'œuvre du maître-verrier Jean Mauret dans le magnifique ouvrage "Les églises des reconstructions dans les Ardennes" Le renouveau de l'Art sacré au XXème siècle de Michel Coistia, texte illustré des photographies de Jean-Marie Lecomte. Éditions Noires Terres. 2013.

 

 

© 2021 Jean-Luc COLLIGNON



23/03/2021
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