L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

L'insolite de l'art chrétien : églises de Champagne-Ardenne

Marie Baudet, peintre des humbles

Marie Baudet, peintre des humbles

vue web

 

Extrait du carnet "Avec les gueux" (photo copiée du web)

 

 

Présenter une artiste sans disposer de ses œuvres s'avère être un exercice périlleux. Il est tentant toutefois de s'y risquer lorsque les éloges fusent à son endroit.

La mention se situe au début de XXe siècle sous la plume d'un chroniqueur local affirmant avec conviction qu' "une nouvelle étoile vient de se lever au firmament où brillent les artistes rémois" car " personne à Reims ne connaissait, hier, Mme Marie Baudet" alors que " demain tout le monde voudra avoir ses œuvres".

 

Le rédacteur, Edouard Turon de l'Indépendant rémois, avait vu juste (1). Mais aujourd'hui malheureusement nul ne sait où aller pour admirer une œuvre de l'artiste rémoise.  Tenter de voir un dessin de l'auteure relève de la gageure.

Pourtant une image circule sur le web. Elle a été mise en ligne en 2019 sur le site d'une galerie d'art pour annoncer la vente du célèbre carnet titré : "Avec les gueux".

Estimé pour un prix de départ de 7500€, le lot de quarante dessins aurait trouvé preneur à Berlin pour une somme supérieure à 10 000€. La cote de l'artiste peintre n'avait pas baissé !

 

Qui était donc Marie Baudet ?

Marie (Ludivine Antoinette) Dupuit est née à Tagnon (Ardennes) le 1er octobre 1864 dans une famille d'agriculteurs catholiques pratiquants, installée rue de la Boye.

Adolescente la jeune fille se découvre un goût prononcé pour le dessin et se passionne pour l'étude de la lumière et des couleurs.

Elle devient l'élève du peintre Edouard Cuyer qui a ouvert son atelier rue de Seine à Paris ; elle adopte le style des impressionnistes alors en vogue.

Des auteurs affirment qu'elle aurait été influencée par Paul Gauguin le peintre postimpressionniste, précurseur de l'art moderne. Dans un échange épistolaire, ce dernier affirmait  en 1888 : «Un conseil, ne copiez pas trop d'après nature, l'art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant, et pensez plus à la création qu'au résultat. C'est le seul moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin maître, créer.»

Un conseil qui aurait plu à la jeune Tagnonnaise si elle avait été destinataire de la missive.

Le 30 avril 1889, Marie Dupuit épouse Victor Baudet, employé de commerce auprès de la prestigieuse maison de champagne Pommery de Reims.

Victor est né à Signy-l'Abbaye (Ardennes) d'un père filateur et d'une mère sans profession.

L'union des jeunes gens est officialisée à Tagnon par Julien Louis Vaillant, maire de la commune.

Le père du marié étant décédé depuis près de 30 ans, c'est son oncle, Etienne Baudet (70 ans), curé de Bouvellemont qui est témoin signataire de l'acte.

Cet acte stipule qu'un contrat de mariage a été dressé par Maître Lanson notaire à Tagnon.

Les jeunes époux vont certainement s'installer à Reims chez Victor, domicilié 7 impasse de l'Esplanade, une rue proche du Temple actuel. (Cette impasse a été débaptisée en 1903 pour devenir l'impasse Lundy d'aujourd'hui).

A la célébration du mariage assistent vraisemblablement les proches parents de la mariée, notamment ses frères :

  • Jean Dupuit, âgé de 19 ans. Il suit des études au séminaire Saint-Sulpice à Paris. Il sera ordonné prêtre cinq ans plus tard, puis rejoindra Rome afin de parfaire ses études en théologie (de 1894 à 1897).
  • le petit frère, Léon, 14 ans, qui reprendra la ferme familiale.

La maman de la mariée (Marie Léontine Adrienne Gobert épouse Dupuit), alors âgée de 49 ans, a la réputation de s'impliquer dans la vie religieuse de la paroisse.

Elle laissera le souvenir d'une pieuse et dévouée personne.

«Providence des pauvres du pays, chrétienne d'une foi très vive, la vénérable mère de famille laisse après elle le souvenir d'une vie consacrée toute entière aux bonnes œuvres et à la pratique des plus belles vertus chrétiennes. L'humilité profonde dans laquelle elle se plaisait, l'effacement qu'elle aimait, qu'elle recherchait avec le même empressement que d'autres mettent à paraître n'empêchaient pas le rayonnement de ses exemples : le spectacle de sa vie pieuse, patiente et résignée au milieu des souffrances ne fit pas moins de bien que sa généreuse charité, que son inépuisable bonté envers tous» (2).

 

Par la suite le couple s'installe au 89 Boulevard Henry Vasnier dans une coquette demeure qui abrite l'atelier de Marie.

Victor Baudet devient fondé de pouvoir chez Pommery. 

 

 

BLD VASNIER

 

89 Boulevard Henry Vasnier à Reims (photo Google Earth)

 

 

Une artiste pleine de compassion pour les humbles

A l'image de sa mère, Marie Baudet est touchée par les conditions de vie des plus démunis : cette sensibilité transparait dans tous ses dessins : «on sent qu'elle aime ces miséreux, ces chemineaux, ces vieilles, dont elle rend la silhouette avec une émotion communicative. Elle en traduit les attitudes avec commisération et avec justesse. Elle expose ainsi une vingtaine de tableaux, paysages puissamment enlevés, francs de couleur et des marchés flamands, grouillants dans la lumière, et une nature morte tout à fait intéressante.» (3)

 

La notoriété de l'artiste commence à se répandre dans la cité rémoise. Marie Baudet participe aux expositions locales et remporte en 1903 une médaille d'argent pour ses peintures (4). Elle est récompensée par des médailles de bronze et de vermeil.

Puis vient la consécration avec sa participation aux expositions parisiennes.

 

Dès 1903, elle est aux Salons des Artistes Indépendants et à ceux de l'École Française à Paris.

Elle y présente notamment à ce dernier : Coucher de soleil et Vieille Femme. En 1908 au même endroit, les visiteurs découvrent : Bric à Brac, Romanichelle....

 

Exposition à la Galerie de l'Art contemporain 3 rue Tronchet Paris

du 8 au 24 juin 1909

Belle invitation à la visite dans les pages du Journal des Artistes du 13 juin 1909 : «Aucune filiation chez Marie Baudet : elle est pour ainsi dire née d'elle-même, s'étant surprise un jour à dessiner les pauvres et les humbles, et ses croquis, qui sont de véritables dessins, des femmes du vieux quartier de Saint-Rémy à Reims sont Champenois comme les Dethomas sont de Paris, en absolue sincérité de forme et de nature. Ne cherchez pas ici l'esprit humoristique, vous trouveriez à la place l'émotion qui gagne chaque trait de crayon cette nature sensible à l'excès qui court à la réussite comme un autre court à l'abîme.

Quelques peintures seulement, études plus que tableaux, et cependant un triptyque se détache en grande beauté d'observation d'attitudes, d'effet lumineux, qui représente Une messe matinale à Saint-Rémy : au centre les fidèles en demi-cercle se sont approchés de la Sainte Table, à, droite et à gauche deux groupes moindres sont en oraison. A regarder longuement, cela est mystique autant que Fra Angelico, moderne et réel comme un Jules Adler...» G. M.

 

Pour le correspondant de l'Univers dans l'édition du 7 juillet 1909 : Mme Baudet «qui possède un crayon sûr, adroit et hardi, a dessiné au trait une cinquantaine de femmes du vieux quartier Saint-Rémy, à Reims. Elle a retracé avec sincérité la vie papotante et végétative, sans pensée et sans âme, de ces vieilles provinciales des faubourgs, machines usées et inutiles. Et cela est profondément triste dans son réalisme un peu outré...»

 

 

Pour le journal La Croix du 2 décembre 1910, il s'agit de «dessins de grande saveur et de curieuse originalité. Elle (Marie Baudet) fait passer sous les yeux du visiteur toute une série de ‹gueux› en leurs poses coutumières et leurs gestes fatigués. Rien que les titres sont une vision : Vieilles femmes... Tout coûte si cher !... Un peu de pain... Seul et son chien... La route est longue et les souliers usés... L'arrivée à l'asile, etc ...

 

 

 

Parfois le commentaire du chroniqueur demeure plus mitigé ainsi, celui de L'Univers paru le 6 novembre 1910 : «...L'ensemble le plus curieux est certainement celui de Mme Marie Baudet. Cette artiste se plaît à croquer les gueux des deux sexes qui, dans sa province, sur le pavé des rues ou des routes, offrent leur silhouette miséreuse à son crayon. Elle a été "empoignée par leur écorce pittoresque et leur âme simple". Nous n'affirmerions pas qu'elle n'ait parfois un peu chargé la note et caricaturé ses chemineaux ou ses vieilles bavardes.

Cependant ces croquis sont amusants. Il est fâcheux qu'avec tout cela Mme Baudet n'arrive pas à faire une composition complète car sa Messe matinale, dont l'esquisse seule est là et dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, présente un groupement trop uniforme. Beaucoup de bonnes petites impressions de nature, avec de la couleur ; mais de même trop impressions»

 

La 26ème exposition qui s'est tenue Cours la Reine (Pont des Invalides) à Paris 

du 13 mars au 1er Mai 1910 comporte les œuvres de Mme Baudet ; elles sont inscrites au catalogue sous les numéros suivants et intitulées :

309 L'enterrement de la voisine du Chemin Vert (croquis au trait)

310 Coucher de soleil

311 Vieille femme chez elle (il s'agit d'une personne de Tagnon)

312 Champs d'Ardennes (fin de jour)

313 Maisonnette en Flandre

314 Pommes rouges

 

Exposition des Rosati à la Galerie J. Moleux, 68 Bld Malesherbes Paris

du 2 au 11 mars 1911

L'exposition «a été inaugurée le 2 mars, au milieu d'une foule considérable de Septentrionaux et d'invités. On s'est plu à admirer l'agencement de ces 216 œuvres et l'on a réclamé la périodicité de cette exposition, dont nous rendrons compte dans notre prochain numéro et que le sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts visitera samedi 11 mars à 1h ½.»

On lit dans le numéro suivant : «... les "Gueux" si curieusement étudiés par Mme Marie Baudet, qui expose aussi une vieille typique et une bonne impression à Nieuport...» Emile Langlade.(5)

 

Autre commentaire pour cette première exposition des Rosati :

«Ce n'est pas la première fois que les artistes d'une même région se regroupent et font des expositions locales, qui manquent un peu d'intérêt, car les bons ouvrages sont noyés parmi le flot des essais plus ou moins pénibles des amateurs du cru. Aujourd'hui c'est une autre tentative à laquelle nous applaudissons.

La puissante société des Rosati a réuni dans les coquettes galeries J. Moleux 68, boulevard Malesherbes, les œuvres d'environ 80 de ses membres, depuis les membres de l'Institut et les maîtres au talent consacré, jusqu'aux jeunes dont les noms sont encore inconnus, ce qui n'implique pas qu'ils ne seront pas célèbres un joiur.

... ça et là ce sont encore ... les croquis si caractéristiques de gueux par Mme Marie Baudet, dont la Vieille femme chez elle est aussi très typique.» (6)

 

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"Les gueux de la route"

 

Union Internationale des Beaux-Arts et des Lettres

Locaux de l'Alcazar d'Été - 5, Avenue Gabriel - Jardins des Champs-Élysées - Paris VIIIe

Décembre 1911

«Beaucoup plus importante que nombre de petits salons, cette exposition se trouve un peu à l'étroit dans les locaux de l'Alcazar d'Été.

Très électique, elle contient nombre d'œuvres fort intéressantes. Parmi celles-ci je citerai tout d'abord les envois de Mme Marie Baudet, l'auteur de cette magnifique suite de 40 dessins "Avec les Gueux" que Jean Richepin préfaça*. Nous constatons ici cette même sincérité dans ses types de vieille cheminant appuyée sur son bâton ou de joueur d'accordéon, tracés d'un large trait net et caractéristique...» R. Le Cholleux

* Les croquis de Marie Baudet ... sont des portraits, et, quoique exprimés par le dehors, comme tous les portraits, ce sont, vus par le dedans, des portraits d'âmes, essentiellement d'âmes. Avec les Gueux, Paris, édition de l'Art contemporain, 3 rue Tronchet.

 

Jean Richepin (1849-1926), poète, auteur dramatique, ami d'Arthur Rimbaud fait scandale avec sa publication "La Chanson des Gueux" parue en 1876. Elle le conduit en prison. Ce personnage excessif mais romantique et sensible est connu pour sa truculence verbale et aussi pour sa fascinante aptitude, dans l'écriture, à mêler les mots et les images.

Dans l'édition qu'elle confie à l'Art Contemporain, Marie Baudet demande à Jean Richepin de préfacer sa publication portant le titre "Avec les Gueux". Il se charge de présenter tous ces personnages douloureux, épaves sinistres que les vagues de la vie promènent tristement.

«Ils ont des âmes ces gueux ? Mais oui, comme vous et moi. Entendons par âmes, s'il vous plait ce "je ne sais quoi" où vivent, vibrent, palpitent, flambent, se consument et passent tous les "moi" éphémères dont se compose, en fin de compte, le "moi" total de l'Humanité.

Et ainsi, vous le voyez, ils ont bien des âmes souvent plus originales que les nôtres. Et ils savent les exprimer. Comment les expriment-ils ? Mal ! croyez-vous ! En un langage trouble, avec des gestes gauches, certes. Quelque fois aussi, par des accents pleins, forts, une envolée du bras, un regard lourd de rêves, une attitude, une habitude du corps, où s'écrit en raccourci toute une existence.

Et ainsi, sans le vouloir, sans le savoir, chacun d'eux souvent à la muette, rien que par le tas ou les plis de sa forme, se se synthétise et fait son portrait, soit silhouette d'ouche, soit découpage de lignes, où l'être entier se révèle instantanément, comme tout un paysage apparait dans la fulgurante illumination de l'éclair.»

 

Le chroniqueur, Edouard Turon ajoute :

«Les gueux de Mme Marie Baudet ont pour nous quelque chose qui nous les rend plus chers. C'est qu'ils sont de chez nous et nous les avons tous vus, de la place Saint-Thimothée à Fléchambault, du faubourg à la porte des églises, errer mélancoliquement, traîner leur misère et leur lassitude.

L'album de Mme Marie Baudet dont les feuilles détachées sont exposées actuellement dans les vitrines de M. Matot, forme une suite très complète de physionomies curieuses, de silhouettes impressionnantes.

Marie Baudet ne s'attarde pas au détail, elle n'attend pas du respect méticuleux de son sujet un effet

incertain, non; elle croque en quatre coups de pinceau la forme qui passe, elle saisit cette attitude fugitive avec une admirable virtuosité, et dans ses croquis, dans ses études, ce qui frappe d'abord, c'est la grande sincérité de l'artiste.

Le pittoresque de l'allure et du costume lui suffit amplement pour nous toucher dans nos souvenirs. Tous ces mendiants, tous ces joueurs de viole, tous ces chemineaux nous les reconnaissons ; ils nous sont familiers et ce n'est pas sans émotion que nous les retrouvons dans les croquis de Mme Marie Baudet.

Si Jean Richepin a aimé tout ce monde fou d'illusion, ou désabusé, au point de le chanter en de magnifiques poèmes, Mme Marie Baudet l'a exalté, elle aussi, au point de saisir tout le côté artistique de ses attitudes.

Et nous ne saurions trop féliciter cette artiste au cœur sensible d'avoir si bien compris leur infortune, d'avoir sympathisé avec eux en poétisant leur misère pour la rendre plus légère.

Qui sait, si en même temps qu'elle est une belle œuvre d'art, la publication de Mme Marie Baudet ne sera pas le point de départ d'une belle œuvre philanthropique ?

Qui sait si, en feuilletant cet album que conserverait pieusement tous les Champenois, un de nos concitoyens ne matérialisera pas un peu l'appel à la charité qui se dégage des dessins de Mme Marie Baudet ?» (1).

 

Maison d'Art septentrionale

9 rue Dupuytren Paris

du 2 au 8 décembre 1912

20 tableaux exposés dont une Procession qui «avec ses taches blanches et dorées, est pleine de charme» l'Univers du 12 Août 1912

 

Dans l'Indépendant rémois du 1er juillet 1912 Edouard Turon consacre à nouveau un long article fort élogieux sur les qualités de l'artiste et insiste sur le sujet de son envoi principal : "Les gueux de la route".Quelques lignes suivantes il évoque ce "Marché aux étoffes", pris en Flandre où «Mme Baudet se retrouve avec toute sa virtuosité de coloriste...»

 

 

Salon des Artistes Indépendants (créé en 1884) au Grand Palais Paris

Parmi les œuvres exposées quelques unes sont plus remarquées comme ;

  • en 1906: étude de ciels aux colorations brillantes
  • en 1908 les tableaux titrés : Étude de matin en Champagne ; Desserte ; Coucher de soleil ; Tête de paysan
  • en 1909 : Fruits au jardin ; Messe matinale à Reims

 

  • du 19 Mars au 18 Mai  1913

Œuvres présentées sous les numéros :

196  Marché en Flandre

197  Coin de rue en Flandre

198  Gueux des routes (trois croquis au trait)

 

Salon de l'École Française qui se tient à Paris depuis 1904 , rue Berryer.

Parmi les toiles présentées par Mme Baudet figurent notamment en 

  • 1906  Coucher de soleil ; Vieille Femme
  • 1908  Bric-à-Brac (nature morte) ; la Romanichelle ("jugée typique d'un effet curieux")
  • 1909  Champ de navettes ; Ciel nuageux.

 

 

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L'affiche du Salon d'automne 1908

 

 

Salon d'automne créé en 1903 au Grand Palais

  • 1908  Coin de table d'atelier orné de masques divers

 

Galerie d'art contemporain 

  • 1909  Marie Baudet expose surtout des peintures et des croquis au trait avec en particulier : Femmes du Vieux quartier Saint-Rémy à Reims ; Desserte ; Fruits au jardin ; Nature-morte... 
  • puis se succèdent des études de ciel et de paysages de Champagne comme : Champ jaune (navettes) à Tagnon ; Le Soir ; Ciel nuageux en Champagne ; Étude (ciel chargé) ; ce sont encore des études marines, des bateaux assemblés : Coin de petit port ; En Flandre ; Au bout du bassin ; des dunes flamandes : Dune (Flandre) ; Dune, temps mort ; ou bien des fleurs : Touffe de pavots.

Mme Baudet réalise également des bois originaux gravés, une eau forte avec Miséreux, ce sont surtout ses croquis au trait, on l'a vu, qui offrent la partie la plus intéressante avec : Vieille Femme ; En Visite ; A Saint-Rémy ; Vieilles ; Femmes du quartier ; Vieilles Femmes (série) ; Vers le passage ; Humbles soirs ...etc

 

 

∼∼∼

 

 

Ces quelques commentaires choisis arbitrairement dans la presse écrite traduisent l'engouement porté à l'époque aux tableaux de Marie Baudet. Ne pouvant plus les admirer aujourd'hui, nous nous sentons quelque peu frustrés.

Heureusement l'artiste rémoise a laissé d'autres œuvres accessibles mais exprimées dans un tout autre registre.

 

Une artiste au service de l'Église

L'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Tagnon

En 1903 Marie Baudet réalise, sur commande, un triptyque dédié à La Vierge.

 

Rethel à Tagnon 248

 

Elle y représente les scènes de :

  • à gauche, l'Annonciation,
  • au centre, la Vierge à l'Enfant entre les saints patrons du lieu, Pierre et Paul, offrant l'église de Tagnon à Sa protection.
  • à droite, la Déploration ou Descente de croix.

Le tableau a été offert par Mme Flandrin Charlier, il porte la signature Baudet - Dupuit M.

 

L'église Saint-Benoit de Reims

 

Dès son retour de Rome, le frère de Marie Baudet, l'abbé Dupuit, est nommé vicaire à Notre-Dame de Reims (1897). Il le restera jusqu'en 1907. A partir de cette date il devient le curé de la paroisse Saint-Benoit.

 

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L'abbé Dupuit (photo extraite de l'ouvrage de Jacques Terrisse)

 

Rapidement l'église s'avère trop petite dans un quartier en pleine croissance. Le jeune abbé décide donc d'en construire une nouvelle sur un terrain acquis de ses propres deniers en raison du contexte du moment.

(Loi de séparation de l'Etat et des églises).

«Le 8 mai 1911 le chantier de la nouvelle église commence, juste à l'emplacement du gibet des Trois-Piliers, ancienne potence du Moyen-Âge qui servait à l'exécution des  Prisons de la Porte Cérès et de la Porte Mars

Le 5 juin 1911 le Cardinal Luçon bénit la première pierre (7)» lit-on sur la notice affichée au bas de l'église.

L'édifice est consacré le 9 novembre 1912, son aménagement intérieur sobre est d'inspiration art déco.

Les peintures sont réalisées par Marie Baudet et achevées après la consécration.

Elles comprennent une suite de 14 médaillons figurant des saints représentés en buste, personnages emblématiques du diocèse pour la plupart.

Sur le haut de la nef, l'artiste y a peint un texte latin à la louange de Dieu.

Côté sud les saints représentés sont : St Michel, St Nicaise, St Remi, St Bruno, St Louis de Gonzague, Ste Catherine d'Alexandrie, Ste Monique.

Côté nord ce sont : St Jean-Baptiste, St Placide, le Bienheureux Urbain II, St Jean Baptiste de la Salle, St Tarcisius, Ste Jeanne-d'Arc, Ste Jeanne de Chantal (8)

 

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Médaillons de la nef

 

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La louange à Dieu

 

 

Le calvaire de Tagnon

En 1914 le très actif M. Rigaud, vice-président de l'Union diocésaine des Ardennes, orchestre, avec des amis, une campagne pour «le reboisement de la Gaule chevelue».

L'objectif est de relever les croix de calvaire tombées en désuétude.

La fin des travaux de restauration s'accompagne d'une cérémonie solennelle célébrée généralement le dimanche à l'issue de l'office religieux. Depuis l'église une procession s'organise après avoir entonnée le Magnificat. Le Christ porté par des hommes solides est en tête du cortège, il traverse les rues du village enguirlandées pour la circonstance. L'assemblée se dirige vers le lieu d'implantation de la nouvelle croix, souvent choisi au milieu de quatre ormes séculaires (un nombre qui symbolise la Résurrection comme au pourtour des baptistères romans). Le Christ est alors hissé sur son support et la foule des fidèles entame le chant de cantiques, suivi de prières et d'une bénédiction par le prêtre ou l'évêque.

Dans les Ardennes une quinzaine de calvaires est ainsi tirée de l'oubli (Château-Regnault, L'Echelle, Perthes, Saint-Menges, Tourteron, Rocroi, Vendresse etc ...)

 

A Tagnon la cérémonie a lieu le 1er juin 1914, lendemain de Pentecôte. Elle rassemble 3000 personnes (4500 selon certaines sources !) au pied d'une magnifique croix de Jérusalem. Pour la circonstance un édifice a été construit à proximité. Il se situe à l'écart du village, en bordure de la route qui conduit à Saint-Loup-en-Champagne (l'actuelle D 38).

«La personne pieuse et dévouée qui se cache quand tous l'acclament, et qui a eu l'audace de demander pour son pays une croix de Jérusalem et qui a organisé cette fête grandiose» n'est autre que Marie Baudet.

(paroles prononcées lors de la bénédiction par Mgr Neveux en l'absence du Cardinal Luçon empêché) (9)

Marie Baudet est l'auteure des peintures qui ornent le mur du bâtiment, elle a choisi pour thème trois des épisodes majeurs de la vie du Christ.

 

Tagnon (2)

 

 

Calvaire2 Nativité (2)

 

 

Calvaire1 (3)

 

 

Calvaire3 Descente de croix (2)

 

 

 

Les peintures murales de Marie Baudet au Calvaire de Tagnon

 

 

Tragique épilogue

Alors que la ville de Reims est le siège d'un intense bombardement, le 6 avril 1917, jour du vendredi saint, Marie Baudet accomplit une fois encore un acte de dévouement. Avec son chauffeur au volant de son automobile, elle part de la maison Pommery emmenant à ses côtés la femme et la fille du sacristain de Saint-Remi. Parvenu Place de la République, le véhicule s'arrête pour prendre en charge un soldat blessé qui doit être conduit vers une ambulance. A cet instant un obus tombe et explose à proximité du véhicule tuant sur le coup tous ses occupants.

La presse salue unanimement le courage et le dévouement de Mme Baudet et déplore la perte d'une artiste de valeur.

 

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La publication du Mois littéraire et pittoresque

 

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L'avis de décès de Marie Baudet

 

La revue Comœdia du 11 novembre 1922 liste les artistes peintres, sculpteurs, décorateurs, architectes, graveurs, céramistes et élèves de l'école des Beaux-Arts morts au champ d'honneur. Marie Baudet y figure à son rang.

 

Regrettable méprise

Plusieurs articles reprennent une regrettable méprise commise par un contributeur peu scrupuleux de Wikipédia dans une étude sur Mme Marie Baudet. Il identifie l'artiste rémoise à une infirmière de la Société des Hôpitaux Français d'Islande à Fáskruðsfjörður, Mademoiselle Marie Baudet émigrée là-bas en 1903.

Heureusement la perspicacité de M. Patrick Manoukian journaliste, écrivain (connu sous le nom d'auteur d'Ian Manook) a permis de découvrir la supercherie grâce à une enquête approfondie. Cette infirmière, née en Bretagne, séjourne 7 ans en Islande (elle parle la langue du pays). Elle y soigne les marins pêcheurs français qui font souvent naufrage en mer islandaise lors de ses violentes tempêtes. (Relire Pêcheur d'Islande de Pierre Loti !). A son retour en terre bretonne, Mademoiselle Baudet épouse le capitaine Pierre Frehion dont elle aura 7 enfants.

 

Bibliographie

(1) l'Indépendant rémois du 3 décembre 1910. page 2.

(2) bulletin du diocèse de Reims. 1911. p.65.

(3) journal L'Univers du 6 décembre 1912.  p.3.

(4) l'Indépendant rémois du 7 octobre 1903

(5) La revue Septentrionale 1911 p.87

(6) Notes d'Art par Le Gay dans Journal du soir L'Univers. Mercredi 15 mars 1911.

(7) Sur le site en ligne gallica bnf : bulletin du diocèse de Reims année 1911 aux pages 143, 144, 253, 273

(8) on trouvera le descriptif détaillé dans l'ouvrage de Jacques Terrisse : "L'Église et la paroisse Saint-Benoit à Reims" 2007. Voir également la publication de la Société des Amis du Vieux Reims : "Regards sur notre patrimoine" N° 24 Décembre 2009. ainsi que la revue Le Cafouin n°12 -1988 et n°75 - 2009.

(9) Le détail de la cérémonie est relaté dans un article composé par Mme Blandine Grasser, suivant les renseignements recueillis auprès de M. P. Boucher ainsi que dans le journal "Vivre à Tagnon" n° 20 de décembre 2002. Cette manifestation a reçu un écho national avec un compte-rendu dans plusieurs journaux comme L'Univers du 5 juin 1914, le journal La Croix des 3 juin et 24 juillet 1914.

 

©jean-luc collignon.



26/04/2021
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